Ma nervosité, celle qui sait

La nervosité, tout comme le savoir,
m’a donné du fil à retordre.
Chacune avait ses propres raisons.
La première était persuadée de détenir la vérité,
la seconde ne voulait rien voir d’autre qu’elle-même.

Lorsque je les ai rencontrées,
toutes deux étaient en une bien lugubre posture.
La nervosité tentait de marquer celle qui sait au fer rouge,
lui laissant ainsi une trace de sa réalité,
une marque indélébile.
Je les en ai empêchées,
mais la blessure était déjà initiée,
du sang coulait sur la cuisse de celle qui sait, éberluée.

J’ai regardé celle qui sait dans les yeux,
pour sentir sa douleur et l’en libérer,
mais rien n’y a fait.

Je l’ai prise en mon sein.
Ce que j’ai perçu, et même vu, en imaginaire,
c’est toute l’horreur et la douleur du monde
qui défilait sous mes yeux.
Il y avait des choses atroces qui se passaient là,
et mon coeur, mon corps entier,
en était blessé.

Je décide alors,
dans un élan intuitif,
peu rationnel, il est vrai,
d’accueillir la nervosité en mon sein.

Lorsque je m’approche d’elle,
elle tente de me frapper.
Je l’en empêche et lui parle d’une voix ferme
et autoritaire, afin de la calmer.
Elle obéit, soudain chétive,
et je sens ma force en moi.

Je les accueille toutes deux en mon sein.

Elle se rencontrent, en cet espace protégé,
et commencent à échanger ensemble.

C’est là qu’elles découvrent qu’elles ont toutes deux les mêmes préoccupations et craintes :
aucune des deux ne tolère la cruauté et la douleur du monde.
Elles se mettent à avoir une discussion animée,
de plus en plus joyeuse, sur leurs intérêts communs.
Elles veulent refaire le monde.
Je les rassure, je les apaise,
Nul besoin de changer le monde,
mes douces femmes intérieures,
créer et rayonner dans la gaieté que vous exprimez suffit amplement.

C’est ainsi que je me suis convaincue moi-même,
que le monde méritait d’être ce qu’il est
et qu’il était possible d’y jouer, à sa guise,
pour y répandre la gaieté…

Ma docilité, ma tranquillité

Il est deux autres femmes, en moi,
qui demandent à être rabibochées,
le mot est faible en réalité,
car elles s’entendent mal, très mal.

Lorsque je découvre la première,
elle est entièrement balafrée au visage.
Elle tient à peine debout sur ses jambes.
Agarde, elle a été maltraitée.

La seconde, quant à elle, se tient debout,
bien campée sur ses jambes, au contraire,
Les mains sur les hanches, elle tient le fouet
qui sert à dominer, à dompter, la première.

Je m’apprête à aller secourir la docilité,
à la soigner, à lui venir en aide,
et elle me fait un signe apeuré de la main,
me désignant la tranquillité.

C’est d’elle dont il faut me charger en premier.

J’approche de la tranquillité,
je n’en ai pas très envie en réalité,
tout ce qu’elle sait faire pour accompagner,
c’est demander de se tenir tranquille,
et donner un coup sec de son fouet,
pour maintenir à distance.

Je la regarde et je l’invite à venir en mon coeur.
Elle rechigne mais s’y résout.
Et là, elle se met à se sentir à l’étroit,
elle rebondit sur tous les recoins en moi-même.

Finalement, nourrie de mon amour, elle se tient tranquille.

La part docile s’approche de moi, radieuse, 
elle est heureuse à l’idée de venir en mon coeur, 
elle y est presque déjà en réalité, 
mais elle a encore un peu peur de la tranquillité. 

Nous nous tournons toutes deux vers cette dernière.

Celle-ci pleure désormais, abondamment, 
face à tout le mal qu’elle a fait à la docilité. 
Cela la rassure, elle la rejoint en mon sein, 
et même, lui offre un tendre câlin pour la consoler.

Toutes deux se tiennent désormais, paisiblement, en mon sein.
L’espace qui leurs est destiné leur convient.
Et c’est là qu’une grande surprise s’offre à moi.
J’avance, enfin, naturellement, d’un pas
Et je sens, dans tout mon corps et alentour,
que, soudain,
je prends ma place.

Ma soumission et mon incertitude

Au coeur de moi-même, résident deux autre femmes. Celles-là ne sont pas main dans la main, mais se regardent à peine.

La première est ligotée, retenue par des liens dont elle ignore la cause. Elle se débat sans cesse, ne pouvant faire autrement que de resserrer ses liens.

La seconde se moque de tout. Elle balance un objet en l’air, le rattrapant d’une main, jouant sans y croire et effleurant la vie d’un air de désespoir.

Toutes deux s’ignorent.

Je m’approche de la soumission, et je défais ses liens. Elle se met à courir dans tous les sens, comme une bête effrayée dans un enclos, en cherchant l’issue sans direction définie, ni indice de sa volonté.

L’incertitude la regarde courir, incrédule, la juge dans sa course folle : petite imbécile, que fais-tu là ? Ne vois-tu pas que cela ne sert à rien ?

Je m’approche de la soumission. Elle se met face à moi et me regarde dans les yeux. Mon coeur s’emplit de larmes, mes yeux coulent de tous ses malheurs passés, de sa misère, de ses peines, de tout ce qu’elle a renié d’elle-même, et de tout le mal qui lui a été fait.

La part incertaine semble de plus en plus s’intéresser à la scène. Elle s’approche de nous deux, et, prise d’un élan de tendresse, prend la soumission dans les bras pour la consoler.

Ma tristesse augmente à nouveau, devenant presque insoutenable. Il est possible que la limite de mon coeur soit atteinte à ce stade. Je les laisse cependant faire, et se réconcilier, prendre un moment l’une pour l’autre.

Je les accueille en mon sein, toutes deux. Et si ma tristesse demeure grande, toutes deux se réchauffent de l’amour qu’elles se portent l’une à l’autre. Elles deux sont en paix, ensemble, et je sens, malgré ma peine, la chaleur de leur amour et de leur amitié en mon coeur.

Puis, je ferme mon coeur. Ma soumission et mon incertitude se replient l’une sur l’autre, bien à l’abris dans la carapace temporaire. Elles demeurent désormais, là, au chaud, le temps que je guérisse et que je choisisse de réouvrir mon coeur.

En attendant, je le cajole, je le caresse, comme un oiseau endormi. Je lui récite des poèmes et je le rassure. 

Joli coeur, demeure en paix dans ta coque, je ne veux de toi que ce que tu peux donner.

A ces mots, l’oiseau endormi pointe son bec. Je sens son pelage doux, un chant subtil sortir de ma poitrine, et s’évaporer dans les airs.

Mon coeur s’était à nouveau ouvert.

Je conserve de cette histoire la leçon suivante : un coeur se ferme et s’ouvre, à sa guise, et c’est là le battement inhérent à la vie, qui guide mes propres pas.

Photographie : Agnieszka Lorek

Mon ombre, ma lumière

La danse incertaine des deux femmes qui se nourrissent en mon sein se dessine sans cesse, au creux de mon ombre et de ma lumière.

Lorsque je m’approche de la première, elle se recroqueville sur elle-même, haineuse, colérique, elle me montre du doigt la femme frivole et libertine qui danse à ses côtés, légère comme un mirage.

Ignorant tout de sa consoeur, la lumière virevolte, à en perdre haleine, ne s’occupant de rien d’autre que d’elle-même.

L’ombre occulte le fait que je sais tout d’elle-même, la profondeur qui se niche en elle, la magie de son coeur et le doute qu’elle ose nourrir en moi, me rendant à la vie en mouvement.

La lumière se croit seule au monde, et pourtant, je l’oublie parfois, trop absorbée par son évanescence.

Je les invite à se réunir.
L’une comme l’autre s’y refusent.
L’ombre regarde la lumière d’un oeil mauvais
et la lumière préfère jouer à la grande.

J’incite chacune d’elle à venir en mon coeur.
L’ombre hésite, mais une lueur d’espoir illumine son regard.
La lumière se fait maussade, mais elle ne peut refuser une telle aventure.
Toutes deux se joignent en mon sein, et se donnent la main.

Mes pieds alors se re-déposent sur le sol. Toutes mes pensées laborieuses se réveillent en une créativité joyeuse. Je suis l’ombre, la lumière, un mouvement incessant, semblable à celui d’un peintre sur une toile.

Je me dresse au coeur de moi-même et je resplendis de toutes mes facettes. 
Tantôt maligne, tantôt subtile,
Tantôt divine, tantôt atroce,
Rigolote ou vouée à la camisole,
Parfois maussade, parfois gaie,
Souvent incertaine. 
Mais qu’importe. 

Car au creux de mon sein, voilà qu’une porte s’est ouverte.

Derrière ce corps qui se relève,
et se nourrit à nouveau de la terre,
il existe, un doux secret,
celui d’une lumière éternelle, 
qui navigue sur des flots ombrageux, 
et dresse son chemin, au coeur de mon âme, 
qui s’exprime, enfin, au grand jour.

Qu’importe le chemin, 
Car me voilà femme.


Photographie: Katerina Plotnikova

Ma longue journée

Le vol d’une belle hirondelle a retenti au lointain.
J’ai ouvert les deux volets
et j’ai vu la journée commencer.
Elle était longue, voluptueuse, somptueuse,
Je le savais.

Je l’avais senti en mon coeur
comme l’annonce du jour le plus long
et j’avais jeté au ciel ma rancoeur
de ne pas la voir recommencer.

J’ai chéri le sol, sous mes pieds,
et je l’ai embrassé de mon âme,
pour le remercier,
de m’avoir portée toute la journée.

Il m’a prodiguée une caresse,
celle d’un ange qui sait que vivre,
et je lui ai répondu d’un souffle,
celui d’une femme qui ouvre ses ailes.

Je vous souhaite, à toutes, à tous, un beau solstice d’été.

Un conte sur l’instinct

Je vous partage un conte que j’ai écrit librement, sur le thème de l’instinct, les mouvements intérieurs, pas toujours agréables certes, mais nécessaires pour ajuster son ressenti et trouver en soi, dans sa sensation, son centre, la voix qui unit nos complémentaires en nous et nous fait avancer vers ce qui est juste pour nous.

Le voici au format PDF, je vous en souhaite une belle découverte

https://dejalesoiseauxchantaient.com/wp-content/uploads/2019/06/Conte-Instinct.pdf

Photographie : Chervona Vorona

Instinct et amour de soi – L’apogée de Diane chasseresse (Artémis) et le retour aux sources

La mythologie regorge de violences en tous genres. Les femmes, y compris les déesses, sont contraintes par des dieux harceleurs, férus de ce qu’elles sont.

Longtemps, et encore aujourd’hui, l’instinct fut perçu comme contradictoire avec l’amour. Mais l’amour tel qu’il est décrit dans la mythologie est bien différent de celui qui circule réellement dans nos corps. Luttes de pouvoir, enjeux contradictoires, les scénarios vont bon train, les histoires se racontent, au fil des vies, et oublient de sentir, le corps, la terre, la nature.

Près de Diane dans la forêt, les femmes se sentent libres et joyeuses, elle s’éloignent du sentiment amoureux et retrouvent leur spontanéité naturelle.

Joyeuse au fond des bois comme la chaste Diane
De se vêtir des peaux du gibier qu’elle y force
Et tenir d’un bandeau ses cheveux indomptés.
Beaucoup l’ont demandée que tous elle écarta.
Fuyant, ignorant l’homme, elle court les halliers
Insouciante d’amour, d’hymen ou d’accordailles.
(Les métamorphoses, d’Ovide, Livre I, V. 475)


Et vous ? Dans quelle situation vous sentez-vous, libre, spontanée ? Etes-vous, comme Diane, contraint.e d’être célibataire pour retrouver votre nature véritable et votre instinct ?

Pour le vivre, en harmonie je vous propose une méditation guidée : « Le baiser d’Artémis ».

Illustration : Guillaume_Seignac “Diana the Huntress”

La rose initiatique

Je voudrais vous parler, aujourd’hui, d’une lecture qui m’a profondément touchée, et qui a traversé les siècles. « L’âne d’or ou les métamorphoses » d’Apulée (II ème siècle).

La réunification de la psyché, mon imaginaire mirobolant, qui m’emmène toujours plus loin, mais qui me fait percevoir l’impossible, qui me fait parler, écrire, échanger avec vous, et d’Amour, cet éros effrayant, bête avide dans le noir et ange fragile de candeur dans le jour, que l’on ne peut percevoir par les sens.

Je voudrais vous parler de ce livre, pour reconnaitre comme il m’a nourrie, et pour qu’il vous offre, à votre tour, la merveille d’une poésie qui ouvre la psyché, la libère de ses doutes, lui amène la clarté, la fluidité, la confiance, et même la foi… tout comme pourrait le faire la pleine lune de ce 17 juin 2019.

Pour cette pleine lune, … je vous souhaite, à tous, et à toutes, de réunir et d’harmoniser en vous Amour et Psyché

Pour cette pleine lune, que je sens particulièrement reliée à ces énergies et au parfum de la rose, je vous souhaite, à tous, et à toutes, de réunir et d’harmoniser en vous Amour et Psyché, que votre voix intérieure soit aimante, que votre instinct soit celui de l’amour et vous ouvre à toujours plus de douceur et de délices.

Les métamorphoses, d’Apulée

Lucius est un homme ardent de désirs, assoiffé de découvertes. Au cours d’un voyage, il entend parler d’un village où une sorcière, Pamphile, transforme tous ceux qui résistent à ses avances amoureuses en animaux. Bien qu’effrayé, il ne peut résister à l’attrait de cette découverte-ci et il s’y rend. Il parvient à s’introduire dans la maison de la sorcière et vit une relation amoureuse avec sa jeune servante, Photis. Un soir, il découvre la sorcière se transformant en Grand duc et s’envolant majestueusement. Il rêve de vivre cette expérience-là et implore Photis, malgré ses avertissements, de l’aider à y parvenir. Sauf que… il ne se transformera pas en Grand duc mais en un âne…

il entend parler d’un village où une sorcière, Pamphile, transforme tous ceux qui résistent à ses avances amoureuses en animaux

Le remède pour redevenir humain est simple, rien de magique dans cela, il lui suffit de manger une rose pour opérer la métamorphose.
Par des délices narratifs indescriptibles, Apulée décrit alors, au cours de nombreuses mésaventures, la fuite en avant de l’âne, qui, mi-humain, mi-bête, en cherchant à tout prix à vouloir manger la rose, n’y parvient pas et s’enfonce au contraire de plus en plus dans des instincts violents, des désirs ardents, l’environnement devenant toujours plus hostile et injuste à ses yeux. Au cours de son parcours mi-bête, mi-homme, Lucius entend l’histoire d’ « Amour et Psyché », la réunion, contrariée par la jalousie de Venus (mère d’Amour), mais finalement heureuse, de ces deux être qui s’aiment malgré la raison.

C’est sa foi inébranlable qui lui offrira la rose

Il s’en remet alors de plus en plus à sa condition d’âne et refuse de plus en plus de commettre des actes bestiaux pour servir sa cause et ses désirs. Il s’abandonne près d’un fleuve et implore Isis. Il s’en remet à la vie pour l’aider à retrouver sa nature véritable, devant son impuissance à se battre pour y parvenir. 

C’est sa foi inébranlable qui lui offrira la rose. Mu par une voix magique (celle d’Isis dans le livre, mais j’aime à penser que là, elle incarne la vie et la voix intérieure réunie, aimante de la vie) il sera guidé à s’emparer d’une rose dans des conditions en apparence impossibles, qui le mettent en danger et l’exposent aux yeux de tous. Il y parviendra avec une grande facilité, et redeviendra homme, initié, nu, reconnu par tous pour sa magie : avoir su se métamorphoser.

Pour suivre le parcours de la rose initiatique :


Entre larmes et rires

Aujourd’hui, je vous propose de regarder en vous-même,
Y voyez-vous un océan de douleur ou une mère de douceur ?
Quel est l’objet de cette peine ?

J’ai appris, avec le temps, que toutes les marées sont bonnes à vivre,
elles amènent toutes au large d’un horizon plus grand.

Aussi, laissons-nous porter par les vagues,
vers plus loin que soi,
là où l’océan et la mer se retrouvent,
pour notre plus grand bonheur.

Là où les cieux rencontrent la mer

J’ai envie d’être là où les cieux rencontrent la mer,
Là où le navire incertain navigue sur une eau lointaine,
Celle de mon propre désir qui me mène là où le vent me porte.

J’ai envie d’être là où tu es quand j’écris ces lignes,
De me laisser bercer par un océan de paroles
Et de jouir au milieu de toutes les fois où tu as dressé mon portrait, en pensée.

J’ai envie de faire un feu de toutes les feuilles du passé,
D’offrir au monde plus grand que moi,
Quelques feuilles de vie, éparpillées sur la terre.

J’ai envie de vivre au milieu de tout ce que j’ai abandonné,
Et tout ce que j’ai appris.

J’ai envie de sentir le parfum de l’eau,
De le saisir en mon âme
Et d’en rejaillir en ton coeur.

Photographie : Agnieszka Lorek