Lundi 29 avril 2019

Aujourd’hui, je sonne le glas de tout ce dont je ne veux plus. Je dépose à mes pieds, en offrande à la terre, tout ce qui m’a nourrie et qui raisonne désormais avec une autre personne que moi.

Je me lasse de tout ce qui a été donné par un ou une autre que moi, et je retourne, en douceur, vivre et voir au travers des nuages qui illuminent le ciel.

Aujourd’hui, je dépose un baiser sur le front de la terre, je ris de la voir ressuscitée, et je reconnais que toutes les erreurs commises m’ont portée jusqu’à un paradis inattendu.

Julie Eglantine

Retour à la terre

Je m’endors à nouveau et me réveille, cette fois, au sein d’un étrange couffin. La terre semble avoir creusé, sous mon corps, un landau, un doux creux chaleureux, au coeur duquel, je me suis laissée bercer, toute la nuit durant.

Je me relève difficilement, mon corps est lourd, très lourd, et ma tête me tourne. Chacun de mes mouvements me fait effort, je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre cette journée ensoleillée, alors que, rien qu’à l’idée de me mettre debout je sue de fatigue.

Mon amant me regarde, surpris, m’incite à la danse de la journée. Je n’ai même pas la force de lui répondre, mes mâchoires me semblent si lourdes, et j’ai honte, à l’instant, de ma fatigue, ma mollesse, ma douleur, tout ce qui m’empêche d’agir, de vivre, de me mouvoir en ce monde.

Je retombe sur le sol, épuisée, harassée, et plonge mon regard dans le ciel, dans l’espoir d’y trouver un peu de légèreté. En me laissant aller, je me sens m’enfoncer, tomber davantage, dans la lourdeur de la terre. Le sable boueux crée un étau qui me cloue au sol.

Quasi incapable de bouger, je demeure inanimée, au coeur de la vie qui éclate et se déroule autour de moi. Une mouette chante dans le ciel, des enfants jouent à s’éclabousser, des amoureux marchent le long du rivage, avec une grâce et une aisance, une fluidité du mouvement qui me semble impossible à atteindre, totalement inaccessible pour moi.

Plus j’ai honte de ce que je ressens, plus la terre m’appelle, me berçant, me cajolant, et m’enfermant davantage encore, dans l’étau de l’immobilité.

Je me laisse aller totalement, je n’ai plus le choix en réalité. Je plonge les yeux dans le ciel, sens la terre sous mon corps, et m’abandonne, consciente, à ce que je ressens ; une lourdeur immense, effrayante, et surpuissante, qui m’appelle comme une mère appelle son enfant.

Je bascule en arrière et suis comme happée au centre de la terre. Je me sens soudain incroyablement bien, bercée par une chaleur soutenante, douce, qui s’adapte au millième de degré près à ce qui est nécessaire à mon corps.

L’eau de la terre semble me nourrir à son tour, et réhydrater mon corps, assoiffé par tant de luttes intérieures. J’ai l’impression que ma peau se restaure, retrouve sa souplesse, après tant de conflits vécus et exprimés.

Je m’endors à moitié, dans une transe consciente, savourant la félicité du moment. C’est là que je me restaure véritablement. La terre me livre alors tous ses secrets. Elle me glisse, au creux de l’oreille, son amour pour moi, son désir de prendre soin de moi, son envie de me voir grandir, croitre, évoluer, me mouvoir.

Elle m’indique aussi la voie à suivre, en m’enduisant de boue, de la tête aux pieds. Elle me rassure, je serai là, toujours, près de toi, n’ait crainte de me perdre, et porte cette boue en preuve de notre alliance éternelle.

Je lui explique que ce n’est pas un usage social répandu dans ma culture, de se parer de boue. Elle rie de ma boutade, et me signifie, d’une caresse voluptueuse, que la boue est toutes les traces des contacts que j’aurais avec mes prochains, que l’amour, maternel, amoureux, amical, quand il s’exprime par le toucher, une embrassade ou même un regard, est une offrande à la terre, une certitude que je fais partie de cette terre et qu’il n’y a rien à craindre en ce monde.

Elle me montre à quel point mon mouvement a changé, cette nouvelle lenteur, qui te caractérise, est le pacte de notre alliance éternelle, laisse-la exprimer la puissance de notre lien, je t’aime. Je m’endors sur ces mots, apaisée, et je me réveille fraiche, neuve, restaurée, éternelle à nouveau, prête à vivre une nouvelle journée…

Julie Eglantine

Extrait de “Le secret de l’amour” Conte initiatique, écrit en décembre 2018

La vie acharnée de soif

Lorsque les plumes s’envolent, c’est parce qu’elle sont déjà belles. Lorsqu’elles se déposent sur le sol, c’est parce qu’elles reposent sur leurs épaules. Voilà que le cercle de la vie tourbillonne et fredonne un air qui ressource les princesses. Elles se parent alors d’une couronne et ouvrent leurs beaux yeux de la lumière d’une étincelle.

Pour faire de même, chaque prince a dressé une main. Ce qu’ils tendent il le reprennent à la belle et l’embrassent du bout de leur lèvre. Elles ont omis de dire la triste vérité, leurs corps affamés se recroquevillent, et les princes ont vite viré au bal de la couronne, retournant à leurs peines et à leurs espoirs inassouvis. 

Les princesses ont alors dressé leurs ailes, elles ont auréolé leurs couronnes d’autres ailes, celles que l’on trouve au creux d’une âme, et elles ont choisi de vivre au delà de leurs limites. C’est ainsi qu’elles ont dressé, bien malgré elles, le portrait d’une femme qui ne sait encore que vivre, mais qui embrasse les hommes, dorénavant sages, car sachant, plus que tout au monde, qu’une paire d’ailes ne suffit pas à leur comble. 

Ils ont alors desservi la table et recouvert le buffet du plus somptueux des fastes, celui d’une vie acharnée de soif, sans cesse reconstituée de l’amour et du diable, mettant en scène tous les plaisirs, voluptueux, sulfureux, ceux que l’on n’oublie que trop, lorsque, passionné de soi, l’on oublie de vivre. 

Voilà que les princes désormais rois, ont jailli en femme, en homme, en tout ce qui comptait là, et tous ont dansé au milieu des fleurs, la ronde incertaine d’un jour sans lendemain. Un jour prochain, les voilà guéris d’eux-mêmes, dansant à en perdre haleine, si heureux de vivre qu’ils en oublient leur peine et que l’amour se dresse au dessus de chacun de leur pas.

Julie-Eglantine

Photographie : Agnieszka Lorek