Ma mère

Ma mère a des yeux endormis quand elle se lève, puis elle pose une main sur la poignée de la porte, se lève, et elle resplendit de lumière.

Traversée par tant de haines, elle fut incertaine, douteuse face à sa vie, mais, moi, son enfant, je le sais. Je sais. Je sais tout ce qu’elle a souffert et conservé en elle, je sais tout ce qu’elle a tu, je connais la profondeur de ce regard.

Lorsqu’elle dépose sa main, sur la poignée, c’est toute une vie qui frémit, c’est le soleil qui se lève, c’est la vie qui fait son appel.

Un jour, elle m’a glissé à l’oreille des mots d’amour. Ces mots d’amour disaient tout d’une âme, ils disaient le souffle d’un coeur, la vie qui se brise et se relève.

J’ai saisi une arme au hasard, et je me suis renfermée, comme une enfant qui souffre de voir sa maman souffrir. Et pourtant… et pourtant…

Lorsqu’elle ouvre ses yeux sur le ciel, c’est tout l’amour de la vie qui s’éveille.

Lorsqu’elle ose glisser quelques sons de son âme, c’est toute une mélodie qui s’éveille en mon coeur.

Ma mère… ma mère dont le sang coule dans mes veines, ma mère qui transparait à travers moi, ma force, ma vitalité, mon énergie.

Un jour, je me suis levée, à mon tour. J’ai regardé autour de moi, et j’ai vu tous les miracles. Les miracles d’une vie transformée, les miracles d’un rêve éveillé. Voilà que j’avais pris en main le doux destin de notre lignée.

Des femmes averties, des femmes qui se battent, qui ne se laissent jamais faire, qui oublient de regarder les étoiles pour poser leur pied nu sur la terre, 

et oser l’inadmissible…

Transformer la haine d’une guerre en un amour éternel…


Illustration : “L’éternel féminin” de Chie Yoshii